Il est des chemins que l'on n'a jamais vraiment empruntés.

Non par manque de courage. Mais parce qu'on nous avait appris, très tôt, qu'il n’en existait qu’un — le bon, le raisonnable, le reconnu. Celui que la famille trace. Que les amis valident. Que le système récompense.

Et l'on marche. Longtemps. Parfois toute une vie. Sans jamais tout à fait se demander si c'est bien notre chemin.

C'est peut-être le piège le plus silencieux qui soit.

Pas une contrainte, ni une prison visible. Juste une accumulation de petits renoncements, si naturels, si bien intégrés, que l'on finit par les confondre avec soi-même. On oublie qu'on a abdiqué. Et qu'il y avait pourtant quelque chose à défendre, à protéger.

Il n’y a pas de coupable. Famille, amis, système ; tous sont pris dans le même filet, transmettant de bonne foi ce qu'on leur a enseigné.

Mais quelque chose en nous sait.

Une voix très ancienne, très discrète. Pas une voix qui crie — une voix qui attend. Patiemment.

Elle ne disparaît jamais vraiment.

Car c'est la voix de l'âme.

Encore faut-il accepter de traverser le désert.

Non comme une punition, mais comme un révélateur. Cet espace intérieur où les illusions ne survivent pas, où les masques de cire fondent sous la douce chaleur de la Conscience. Et où l'on se retrouve enfin seul face à ce qu'on avait évité de regarder.

Certains y passent quelques mois. D'autres, des années. D'autres encore, des vies entières.

C'est le prix de la lucidité.

On ne voit clairement qu'après avoir erré longtemps. Nous reconnaissons notre propre voix qu'après avoir entendu toutes les autres se taire.

Alors quelque chose change.

Doucement, sans artifices. Plutôt comme une lumière qui revient progressivement dans une pièce longtemps oubliée. Les contours se précisent. On se souvient.

Il faut du courage pour nommer ce que l'on voit. Il faut de l'honnêteté pour ne pas se raconter une nouvelle histoire à la place. Et accepter que le chemin n’avait pas disparu.

« On peut toujours revenir là où on l'avait laissé. »

— Hénoch, Ce Jour-là : Livre II.

Ainsi, lorsque l'âme refait surface dans notre conscience, nous sommes prêts pour faire le saut de l'ange.

Le Saut de l'Ange paraît le 7 avril.

Ce saut dans le vide, bras ouverts comme pour accueillir enfin cette réalité ancienne — libre de toutes craintes — n'appartient pas qu'aux personnages du livre.

Ce geste appartient à quiconque a un jour retrouvé son chemin.

Depuis le Seuil,

Michel

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